En création

 *MA LANGUE MATERNELLE VA MOURIR ET J’AI DU MAL À VOUS PARLER D’AMOUR

Création le 19 janvier 2018 au Théâtre de Mont de Marsan

_DSC9305-BD« Parler, disserter, digresser sur la langue.
Parler de l’histoire du français, de sa fabrication siècle après siècle.
Parler de ma langue maternelle, de l’éradication des patois.
De diglossie et de bilinguisme noble ou pas.
D’avoir fait de l’humiliation la norme pour imposer le français.
De notre monolinguisme si spécifique, de notre héritage de la révolution française qui fait des « autres » langues des outils de la contre révolution.

Parler de ma fascination pour le français, cette langue sortie de sa gangue barbare pour devenir la langue mondiale, prenant la place du latin. Langue vernaculaire raboutée aux XVIe et XVIIe siècles. Une racine latine par ci, un suffixe grec par là : on lui greffe ces lettres de noblesse, lui invente des ancêtres antiques, une étymologie illustre. Le français des cours d’Europe, de la diplomatie mondiale. Langue internationale du baisemain et bientôt du french kiss. Corsetée et liposucée par l’Académie française pour en retirer les scories populaires, l’héritage de Rabelais, comme l’écrivait Claude Duneton, le regretté corrézien dans son livre Parler Croquant.

Las, une langue mondiale chasse l’autre. Le français se noie dans l’anglais à tous les étages : on googelise, où on twitte, où on Like. Le chinois est à l’affut. 
Le français se soulève pour un « i » enlevé à oignon. On a la langue bien implantée, qui nous bat dans la poitrine.
Et pourtant, elle se réinvente bien au-delà de ses gardiens de musée.
Le français est jardiné et même retourné dans les jardins ouvriers de banlieues proches et carrément lointaines (celles du Québec ou de Kinshasa).

Dans Ce que parler veut dire, Bourdieu disait à quel point la langue dominante, du pouvoir, légitime ou ostracise l’autre. Parler, c’est se soumettre au jugement –linguistique donc social – de l’autre. Il disait la violence symbolique du langage.

Je continue à fouiller l’identité, mon identité.
Il y a urgence pour moi à parler de langue, de langues maternelles.
De ce qui reste de la mienne, comme outil poétique pour musser mes yeux dans les ailleurs du monde. »

Yannick Jaulin

Ma langue maternelle va mourir et j’ai du mal à vous parler d’amour est le premier volet d’un dyptique sur la langue, dont la seconde partie, Causer d’amour, naîtra à l’automne 2018.
L’originalité de ce projet tiendra au fait que les deux volets de ce travail seront « parages » : ils iront de pair. Ma langue maternelle… étant destiné aux lieux non conventionnels, intégrant à chaque fois (pour une courte intervention) un locuteur d’une autre langue et pouvant donner lieu à des échanges ou ateliers autour des langues maternelles. Causer d’amour sera destiné aux plateaux de théâtres (avec trio à cordes et composition de Morgane Houdemont)

Les deux spectacles seront complémentaires et auront l’ambition de faire migrer les spectateurs de la périphérie au centre et l’inverse.

Premiers pas le 13 septembre 2016 aux Treize Arches, Brive. 

DISTRIBUTION > écriture Yannick Jaulin / Accompagnement musical et composition Alain Larribet / création lumière Guillaume Suzenet et Fabrice Vétault

PRODUCTION > Le Beau Monde ? Compagnie Yannick Jaulin
Coproduction : Les Treize Arches, scène conventionnée de Brive ; Théâtre de Gascogne, Scènes de Mont de Marsan.
Avec le soutien du Nombril du Monde, Pougne-Hérisson.

Crédits photos Titouan Massé

DATES DE TOURNÉE

2017
10-12/11 > Dordogne (24) / Agence départementale de la Dordogne (Chantier)
2018
19/01 > Mont de Marsan (40) / Théâtre du Péglé (création)